Article en sexothérapie féminine -Aout 2009-M-A Ambry-Zerrouk

ARTICLE EN SEXOTHERAPIE FEMININE

Marie-Anne Ambry-Zerrouk- Août 2009

                                   

Psychologue Diplômée de l’Université Paris-X

Psychothérapie

Sexothérapie

 

Sous la Direction du Dr Charles Gellman

 

 

Sexotherapie féminine-  Le Vaginisme –

Etude de cas de vaginisme secondaire

 

Plan :

 I-Définition du vaginisme :

- Vaginisme primaire, Vaginisme secondaire

- Les causes possibles

          - Le traitement 

 II- Etude de cas : Juliette

- Le diagnostic

- Le traitement

- Conclusion

     III- Bibliographie

 

 

 I- Définition du vaginisme :  

Le vaginisme est la difficulté persistante ou récurrente de la femme à permettre l’introduction vaginale d’un pénis, d’un doigt ou de tout objet (un tampon applicateur par exemple), malgré son désir de le faire. Il se traduit par la contracture spasmodique involontaire des muscles vaginaux et péri vaginaux du plancher pelvien au moment de la pénétration dans le vagin. Cette contracture rend la pénétration impossible ou, du moins, très douloureuse. Dans le cas de douleurs vaginales lors des rapports sexuels, on parle alors de dyspareunie.Cette contracture musculaire est réflexe, elle est donc totalement involontaire

Ce dysfonctionnement résulte semble t’il, d'une phobie liée au rapport sexuel. Les causes sont diverses : douleurs, traumatismes anciens, éducation sexuelle trop rigide, phobies des maladies sexuellement transmissibles, peur de la grossesse, etc.

 La phobie est « une crainte excessive, maladie de certains objets, actes, situations ou idées ». In Le petit Robert.Le vaginisme se situe donc dans le large domaine de la peur, plus particulièrement des peurs sexuelles.

 On distingue deux types de vaginisme : le vaginisme primaire et le vaginisme secondaire.

° Vaginisme primaire :

 - Le vaginisme primaire survient lors des premières relations sexuelles : impossibilité d’introduction du pénis ou douleurs importantes rendant le rapport sexuel très désagréable. Il amène à l’échec toute tentative de pénétration.

 ° Vaginisme secondaire

- Le vaginisme secondaire survient après une période pendant laquelle les rapports sexuels se sont déroulés sans provoquer de douleurs.

 

Les causes possibles: 

  Les causes possibles du vaginisme sont très diverses et le plus souvent multidimensionnelles d’ordre psychologique et physiologique.

Son origine correspond à un symptôme phobique d’évitement, souvent du à l’anticipation de la douleur physique et/ou de la souffrance mentale. Il s’agira donc, de porter attention à l’expérience subjective et au vécu du sujet, dans son contexte psycho relationnel.

 

Les causes possibles :

°         Une éducation rigide où la sexualité est tabou. Du moins où la sexualité est associée à des sentiments de honte, de dégoût, de culpabilité de peur.

° Une première expérience brutale, douloureuse, mal vécue

°Un abus sexuel : ou  agressions sexuelles de toutes natures viol ou tentative de viol, inceste…

° La méconnaissance du schéma corporel induisant une non-représentation ou une mauvaise représentation du corps et des organes génitaux : La femme dans ce cas ne connaît pas son corps, n’a parfois jamais regardé avec une glace son sexe, n’a jamais introduit un doigt dans son vagin. Elle peut alors se représenter un vagin trop étroit, un hymen obstruant l’orifice vaginal : elle anticipe donc la peur à toute pénétration éventuelle.

°    Un choc psychologique, traumatique : agression, viol…

°    Une incompatibilité avec le partenaire (partenaire imposé par  exemple)

 °    Une maladie sexuellement transmissible

   °  Les suites d’un cancer du col de l’utérus

   °   Crainte de la grossesse (ambivalence par rapport à un désir d’enfant)

  °   Un accouchement difficilement vécu…

Le traitement :

 Les causes possibles du vaginisme sont très diverses, le traitement dépendra du diagnostic posé.

 « La sexothérapie est multiréférentielle elle met en jeu le biologique, le génital, le corporel, l’affectif, l’émotionnel, le relationnel, le social, le transgénérationnel et le spirituel » ( Charles Gellmann in Créativité en sexotherapie –article sur www.sexoformation.fr)

 Il est indispensable d’aborder le traitement d’une façon globale : notamment d’un point de vue à la fois physique (corporel) et psychologique.

 

Dans un premier temps un contrôle  gynécologique est indispensable pour éliminer toute anomalie physique ou maladie sexuellement transmissible.

 Ces causes une fois exclues, il s’agira dans l’anamnèse psychologique et sexologique, qui va prendre souvent plusieurs séances, de déterminer les causes possibles de cette peur excessive de la sexualité chez la femme.

Une attention particulière sera portée sur le vécu de la femme, les associations libres qu’elle fera en séance permettront de faire lien entre son symptôme sexuel et le contexte psychosocial relationnel de son expérience humaine.

 Du fait du tabou entourant la sexualité le vaginisme et les dyspareunies sont encore trop peu connues alors qu’ils se soignent très bien chez les patientes motivées une fois le diagnostic correctement établi.

  

 

Le traitement sera multidimentionnel :

 

La rééducation Périnéale :

 - Une rééducation périnéale permet une approche concrète et corporelle aidant la femme à se réapproprier  son corps et ses sensations internes en même temps que de retrouver un périnée tonique.

- L’approche de la rééducation ne sera pas la même s’il s’agit d’améliorer une musculature que la patiente s’est déjà utiliser mais qui est insuffisante ou mal adaptée, ou s’il s’agit d’une musculature déficiente et que la patiente ne sait pas utiliser et donc ne connaît pas. Dans ce dernier cas, il y a un trouble du schéma corporel, la rééducation doit être accompagnée d’un biofeedback ( de stimulation électrique permettant de faire comprendre le travail demandé).

- Toutefois cette rééducation devra être mise en place chez une patiente motivée ; parfois des séances psychothérapeutiques sont nécessaires dans un premier temps pour évacuer un trop plein d’angoisse notamment présent en cas de traumatismes, abus sexuel…. Il s’agit de veiller dans ces cas difficiles que la proposition de rééducation ne reproduise pas une « intrusion traumatique » au moment du traitement.

- Rééduquer c’est éduquer à nouveau, c’est une forme d’apprentissage, c’est apprendre des modèles, des schémas des comportements nouveaux. Cela nécessite donc la motivation d’entrer dans un processus de changement.

- Dans ce cas précis il ne s’agit pas seulement d’une remusculation.

 

 La relaxation :

          - La relaxation permet de favoriser un état de détente générale, propice au changement de rythme, notamment chez les femmes stressées, toujours pressées, très actives…

- Je propose des temps de bains, et de soins corporels aux femmes chez elles. Souvent elles ne le font plus depuis longtemps et ne se l’autorisent plus ou n’ont jamais pris ce temps. Ce temps seule avec leur propre intimité peut leur permettre de regarder leur corps, de se rapprocher de leurs sensations, de réintroduire un toucher d’elle-même qui ne soit pas qu’utilitaire : se laver avec attention, voire plaisir… Il est possible de proposer à la femme de pratiquer calmement très doucement une pénétration vaginale avec un doigt puis plusieurs doigts.  Cet exercice possible n’est toutefois pas indispensable. Certaines femmes retrouvent une sexualité épanouie et orgasmique sans jamais pratiquer ce type de pénétration vaginale.

  

La psychologie et la psychothérapie :

 L’approche psychologique et psychothérapeutique sera muliréférentielle pour prendre en compte le traitement des différentes causes possibles du vaginisme. Elle tiendra compte du contexte psychosocial et relationnel de la patiente.

 

- Un traitement psychologique et psychothérapeutique de mise en sens et en mots, dans un espace contenant, de l’histoire et du vécu affectif et relationnel, liés à la sexualité est souvent indispensable. Il est alors plus ou moins long suivant la situation de la patiente, suivant son vécu de la sexualité et les représentations qui y sont associées. Ce traitement sera plus long en cas de vaginisme primaire qu’en cas de vaginisme secondaire.

- En effet dans le cas du vaginisme secondaire la patiente sait « ce qu’elle veut retrouver », ou en tout cas, les séances lui permettent de revenir sur l’éprouvé corporel et psycho corporel  qu’elle décrit comme sexualité satisfaisante et épanouie

- Dans le cas du vaginisme primaire c’est un apprentissage vers « l’inconnu » souvent plus angoissant et nécessitant un travail cognitivo-comportemental de mise en oeuvre d’une stratégie de changement.

 

  

II – Etude de cas : Juliette

 

 Juliette a 26 ans, elle est mariée depuis 3 ans, mère d’un fils de 6 mois. C’est une femme active qui travail à temps plein. C’est une jolie personne, touchante et qui tout en étant réservée, semble se sentir à l’aise dés la première consultation.

 L’objet de la consultation est ce qu’elle nomme « une perte de libido avec blocage ».

 Après avoir eu une sexualité qu’elle décrit comme « extatique » et beaucoup de libido avant sa grossesse, elle se sent bloquée et sans désir aujourd’hui.

 

En effet elle n’a eu qu’un  rapport sexuel depuis le milieu de sa grossesse soit depuis environ 9 mois. Lors de sa grossesse c’est plutôt son conjoint qui ne se sentait pas « à l’aise » pour avoir des rapports sexuels alors que « son ventre s’arrondissait ». Ils n’ont plus eu de rapport sexuel à partir du 7ème mois de grossesse.

 2 mois après l’accouchement il y a eu un rapport sexuel, du fait de contractures involontaires du vagin de Juliette la pénétration n’a pas été possible malgré une satisfaction orgasmique clitoridienne.

Par la suite  Juliette a évité toute sexualité, par peur et anticipation de la douleur  lors de la pénétration, et elle n’avait plus de désir.

 

L’accouchement c’est bien passé, par voie basse, elle n’a pas eu besoin d’épisiotomie, elle garde un bon souvenir du vécu de son accouchement.

 Dés la première consultation, concernant le contexte psycho relationnel général : - elle évoque de graves difficultés professionnelles dans un climat agressif et un poste qu’elle est sur le point de quitter, avec une anxiété importante sur son devenir.

- elle fait part du décès de son père par arrêt cardiaque, de façon inattendue et brutale survenue lorsqu’elle était enceinte.

  

Le Diagnostic :

 Vaginisme secondaire auquel s’associe une perte de libido.

Dans un contexte psychosocial relationnel anxiogène et de changement et, Un choc psychologique : deuil survenu de façon violente,  d’une personne affectivement très importante.

  

Le Traitement :

 Le traitement a été  constitué de 9 séances sur 2 mois à raison d’une séance par semaine.

 

Il a été fondamentalement multidimensionnel et multi référentiel. A chaque séance les différentes dimensions ont été évoquées et travaillées en fonction du vécu subjectif de la patiente et des associations libres qu’elle pouvait faire.

 Afin de rendre compte du travail effectué je présenterai ici  les différents axes travaillés non pas de façon longitudinale mais de façon thématique.

 

 Aspects biologiques, physiologiques :

 

Juliette ne prend aucun traitement médical particulier ; Elle est suivie régulièrement aussi bien au niveau médical que gynécologique.

Elle prend la pilule depuis de nombreuses années. Je lui propose d’envisager un autre mode contraceptif avec son gynécologue en lui faisant part du possible effet de  la pilule sur la baisse de libido.

  

Aspects corporels :

 

Elle évoque sa difficulté à se réapproprier son corps après sa grossesse qui a changé, il y a comme une baisse de l’estime d’elle-même. Nous travaillons sur cette image corporelle qui semble plus de l’ordre du vécu que de l’aspect réel, car Juliette a retrouvé son poids et sa silhouette d’avant sa grossesse.

 Après son accouchement elle a effectué la rééducation périnéale qui c’est bien passé ; elle connaît les muscles périnéens et arrivent à les contracter volontairement.

 

Son conjoint lui fait des compliments sur sa silhouette, elle a tendance à vivre cela comme une agression ; comme si ces compliments étaient trop intrusifs.

Corporellement avant sa grossesse, elle se sentait  « plus ouverte », au sens propre comme au sens figuré, ouverte à la pénétration (ouverture du vagin possible car non contracture), ouverte à la relation (aux compliments de son conjoint notamment…).

  Je lui propose de prendre plus de temps pour elle, pour son intimité et son corps : bain, automassage corporel, relaxation, détente.

En effet, elle ne fait plus du tout cela depuis sa grossesse. Comme beaucoup de femmes à la naissance de son premier enfant, elle s’est totalement centrée sur son nourrisson, par crainte d’être une mauvaise mère, je dirai qu’elle « en fait trop » au risque de délaisser son conjoint et de se délaisser elle-même en tant que femme. Nous travaillons donc sur la réhabilitation de l’importance du couple, dans les représentations de Juliette, pour le bien-être de son enfant.

  

 Aspects émotionnels :

 Juliette se sent rapidement en confiance. L’espace contenant et sécurisant des séances lui permet de décharger sa tristesse par rapport au décès de son père qui lui manque: elle pleure souvent, elle met en sens et en mots ce manque, cette perte et la phase dépressive incontournable face à cette épreuve.

 

Elle évoque sa colère face à cette injustice de la vie. Sa colère aussi face à son blocage sexuel qui représente un risque réel pour son couple. Sa colère face à son contexte professionnel difficile.

 

Elle partage sa joie d’être mère et son envie de retrouver une sexualité et une vie de couple épanouie.

 

         - Ma posture consiste d’une part à accueillir l’émotionnel qui est relativement violent et qui renvoie à des angoisses archaïques de mort,  d’abandon… A le mettre en mots et à le reconnaître comme une réalité de l’histoire subjective de Juliette.

         D’autre part à soutenir les aspects positifs et porteurs de joie et de solution pour Juliette : son couple, son fils, sa connaissance d’une sexualité très épanouie….

          

Aspects relationnels

 L’approche relationnelle porte sur trois axes principaux :

 - Au niveau du contexte professionnel, retrouver, ou trouver une dynamique relationnelle et comportementale qui permettent de ne pas co-développer les échanges tendus et « persécuteurs » ; Nous travaillons sur des « stratégies » relationnelles lui permettant de prendre du recul et de « lâcher prise ». Notamment en investissant de façon plus approfondie sa recherche d’un nouvel emploi ailleurs, ce qui lui permet d’être moins touchée par le climat tendu de son poste actuel.

 

- Au niveau des représentations de la sexualité nous travaillons sur la possibilité d’envisager, au moins dans un premier temps, la reprise de rapports sexuels sans pénétration.

 

- Au niveau du couple, je lui propose de recréer une intimité avec son conjoint en prenant régulièrement du temps pour des soirées ou des week-ends seuls sans enfant. Cela leur a permis de renouer le dialogue, elle a pu ainsi exprimer à son mari ses craintes sans culpabilité. Lui, a pu lui dire qu’il se sentait rejeté. Ainsi certains malentendus ont été rapidement levés.

  

Aspects « spirituels » :

 

Ce qui pourrait relever de l’aspect spirituel est la centration tout au long des consultations sur une vision positive, porteuse d’espoir et centrée sur la recherche de solution.

 Afin que cette approche positiviste ne soit pas plaquée et artificielle, je porte une grande attention au vécu subjectif, à l’histoire, à ce qui vient en séance comme associations libres et bien sûr à l’émotionnel dans cet accueil parfois difficile de tristesse, d’angoisse, de colère, de peur ….

 

 

 

 

 

Conclusion : 

 Le traitement de Juliette a été relativement rapide car elle était très motivée et très impliquée. 

 Elle a repris des rapports sexuels réguliers avec son conjoint, un espace intime et tendre a été retrouvé.

 Parallèlement à l’arrêt de l’évitement de la sexualité,  sa libido est revenue progressivement.

 Sa situation professionnelle s’éclaircie elle est sur une piste concrète d’un autre emploi qui lui conviendrait mieux.

 Elle m’a dit s’être sentie totalement comprise et entendue dans sa souffrance et son « blocage intime ». Elle est ravie d’avoir pu le lever aussi rapidement.

 -         Nous sommes là dans un cas de vaginisme secondaire dans un couple affectivement stable, qui a connu une sexualité épanouie et qui ne souffre pas de grandes difficultés relationnelles, ni de difficultés d’attachement. Il semblerait que les difficultés sexuelles soient liées principalement, à la crise de couple que représente l’arrivée du premier enfant, et le nécessaire réaménagement des places de chacun dans la famille qui se constitue. A noter aussi que pour cette patiente le décès brutal de son père représente un choc psychologique, un traumatisme,  à nommer et un vécu affectif à exprimer dans un espace contenant et sécurisant. Il y avait  comme une culpabilité « du survivant » à lever afin qu’elle retrouve une relation satisfaisante avec son conjoint et ses capacités psycho dynamiques.

-         Juliette a traversé ce que l’on peut en d’autres termes qualifier de  dysfonction sexuelle due à  un épisode dépressif léger post-partum.

  

I-                  Bibliographie  

American Psychiatric Association. Mini DSM-IV-TR Critères diagnostiques- Masson, Paris, 2004.

M-Bobierbale :  De la difficulté sexuelle à la dysfonction sexuelle  in Sexologies-vol.18- janvier Mars 2009-n°1-p28-31

 

 O. Cotelle- Guide pratique de rééducation uro-gynécologique- 4è édition, Ellipses, Paris, 2005.

 

D.Elia, G.Doucet- Les 1000 réponses sur la femme et son corps- Hachette, Paris, 1989.

 

S.Freud- Trois essais sur la théorie de la sexualité- Folio essais, Gallimard, Paris, 1962.

 

Ch.Gellman : Créativité en sexothérapie –article sur

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